Participez à notre grand sondage!
Cette page a été déplacée.
Le contenu de cette rubrique est désormais intégralement présent sur le Guide GQ, référence au Québec en matière d’évènements, d’attractions de loisirs et d’actualité à Montréal et en région.
Je veux voir le guide GQ ! ›
Non, merci.
Québec

L’homophobie familiale et ses conséquences : Jeunes gais en détresse

Plus de : , ,

par Antoine Aubert le 20 août 2010

Encore aujourd’hui, beaucoup de jeunes gais et lesbiennes québécois sont maltraités par leurs proches à cause de leur orientation sexuelle. Une situation provoquant des situations dramatiques qui mènent parfois à la prostitution ou à l’itinérance. Pendant ce temps, les pouvoirs politiques tardent à intervenir efficacement.

Jeunes gais en détresseLe calvaire de nombreux jeunes gais et lesbiennes victimes d’homophobie familiale demeure une question difficile à aborder. D’ailleurs, il n’existe aucune étude sur le sujet. À elle seule, cette absence de données exactes symbolise bien le tabou qui entoure ce grave problème. Pourtant, les faits et les témoignages parlent d’eux-mêmes. Qu’il s’agisse d’Alexandre , malmené au quotidien par des parents qui n’acceptent pas son homosexualité, ou de Mathieu, traité par son père de « tapette » depuis l’âge de neuf ans, ou de milliers d’autres, brutalisés par leurs « camarades » ou leur entourage, les récits se ressemblent toujours par leur violence et les traumatismes qu’ils engendrent.
Ces histoires se doublent parfois de conséquences qui ressemblent à de véritables descentes aux enfers : suicide, alcool, drogue, prostitution… La société québécoise peut bien apparaître comme l’une des plus progressistes au monde en ce qui concerne l’homosexualité, l’homophobie familiale frappe quand même des centaines de jeunes dans la province (et sans doute plus), dans les grandes villes comme dans les campagnes, tandis que les solutions qui s’offrent à eux ne sont guère réjouissantes.

Premier ennemi : la déscolarisation

Plusieurs jeunes gais sont considérés comme plus « chanceux », car ils peuvent, par exemple, trouver refuge chez un membre de leur famille. Alexandre, 20 ans, a dû vivre au quotidien avec les remarques assassines de son père (« Tu n’es plus mon fils ») et les pleurs de sa mère, obnubilée par sa foi et qui pensait le marier de force à une fille pour le faire « changer ». Il est donc parti habiter chez sa sœur pendant près de six mois. « C’était très difficile. Elle vivait avec quelqu’un et elle m’en voulait d’avoir fait de la peine à ma mère. Je ne me sentais pas du tout à ma place ».
Puis, malgré l’obtention d’une bourse lui ayant permis de louer une chambre à l’université, le jeune homme ne réussit pas à évacuer son malaise et, depuis le conflit parental, ses résultats scolaires ne cessent de se dégrader : « La déscolarisation est le plus gros danger qui guette ces jeunes, car s’il n’y a plus les études, la désocialisation arrive très vite », souligne Alice Brassard, présidente de Jeunesse Lambda, groupe d’activités et de discussions pour les LGBT à Montréal. Alexandre est encore loin de vouloir abandonner l’université, mais il fait le constat suivant : « Je me sens coupable vis-à-vis de mes parents, et du coup, je suis tout sauf épanoui. Je n’y arrive pas ». Son plus grand souhait aujourd’hui est de quitter le Canada « pour aller voir ailleurs, me découvrir en voyageant ». Pour fuir, diront certains.

L’enfer des centres de jeunesse

La gravité de la situation dans le milieu familial amène parfois les mineurs homosexuels à être placés dans des centres de jeunesse, une solution qui s’apparente à une double peine : « Ces jeunes, déjà malmenés par leur famille, sont en plus forcés de cacher leur homosexualité. Ils savent que sinon, ils se feront frapper par les autres. Pour sa part, le garçon efféminé ramasse le paquet », explique Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute, centre d’aide et d’écoute téléphonique des homosexuels du Québec. Pas surprenant, dès lors, qu’un certain nombre des jeunes gais et lesbiennes admis dans ces centres cherche à fuguer.
S’ajoute à cela le manque total de formation des intervenants qui encadrent les jeunes dans ces structures. Alice Brassard étudie pour travailler dans un centre de jeunesse : « Sur un programme de deux ans, je n’ai qu’une heure trente vraiment consacrée à l’homosexualité, et encore, c’est parce que j’ai choisi volontairement un cours qui traite de ce sujet ». D’où des adultes dépassés quand il s’agit de faire face à l’homophobie. « Lorsque ces jeunes atteignent l’âge de dix-huit ans, on les met dehors, dans la plupart des cas sans leur donner aucune aide. Ensuite, c’est à eux de se débrouiller tout seuls pour affronter les problèmes », constate Robert Rousseau, directeur général de Rezo, organisme communautaire de prévention et de lutte contre le VIH-Sida.

Le Village, paradis artificiel

Pour d’autres, mineurs en fugue ou jeunes ayant quitté le domicile familial, la solution s’appelle le Village. Quoi de mieux à leurs yeux – notamment quand on vient d’une petite ville de province – que le quartier gai de Montréal pour les accueillir à bras ouverts et leur permettre enfin de se sentir à leur place ?
Mais l’eldorado est souvent synonyme de déception. Alexandre le reconnaît : « Mes premières semaines dans le milieu gai étaient un pur bonheur. Je draguais, je rencontrais d’autres gais. Puis, je me suis vite aperçu des défauts du Village. On ne se trouve absolument pas dans un milieu culturel, mais dans un milieu commercial. Il n’y a aucun épanouissement personnel possible, le sexe est mis de l’avant pour faire de l’argent. C’est le capitalisme dans toute sa splendeur ».
Néanmoins, Alexandre a l’occasion d’avoir une vie en dehors du quartier gai. Tous n’ont pas cet avantage. Gengis Grenier, connu pour avoir combattu l’homophobie scolaire dans une pétition présentée à l’Assemblée nationale, est arrivé à Montréal à l’âge de 17 ans. Il se souvient de « ces jeunes qui, ne sachant où aller, se retrouvaient à faire des métiers de la nuit, comme danseurs dans des clubs du Village. Eux n’y voyaient que des avantages puisqu’ils se faisaient énormément d’argent (jusqu’à 1 000 dollars par soir), plus qu’un médecin même ». Beaucoup d’argent, en effet, pour des jeunes transformés en « chair à consommer ».

Pas de grand centre communautaire

Alice Brassard ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme « que les jeunes dont on parle, même âgés de 14 ou 15 ans, font souvent connaissance avec le milieu gai dans les bars et les saunas. C’est une situation très dure pour des personnes sans repères, déjà privées d’une bonne relation avec leur famille. Il faut trouver des solutions de rechange à cela ». Jeunesse Lambda et le monde associatif en général ne peuvent pas suffire à changer les choses. Tout le monde doit tirer dans le même sens. C’est là que le bât blesse.
Le projet d’un grand centre communautaire dans le Village, déjà bien ancien et toujours en discussion, constitue un exemple frappant de l’inertie devant la détresse de ces jeunes. Au cours d’une réunion publique aux Archives gaies du Québec, au mois de mai, Bruno Laprade, président de la Coalition jeunesse montréalaise de lutte à l’homophobie, a déploré « cette absence d’un lieu sécurisant qui serait fait pour parler et se rassembler, sans but sexuel ». Pour l’ancien président de Jeunesse Lambda, « il ne faut pas se laisser faire par les structures économiques. Il faut arrêter de croire que plus de sécurité pour les jeunes gais et lesbiennes, c’est davantage de policiers. Non, c’est d’abord plus de développement social » !

« Bel » avenir pour la prostitution et l’itinérance

Il n’en demeure pas moins que, pour ces jeunes en détresse, « la solution sexuelle s’est aujourd’hui normalisée », comme l’indique Robert Rousseau. Certains deviennent prostitués. « On n’imagine pas à quel point ces cas sont nombreux », insiste Gengis Grenier. Mathieu est l’un d’entre eux. Aujourd’hui âgé de 24 ans, il a commencé à vendre son corps… il y a 10 ans ! Le jour de l’entrevue, il est venu accompagné d’un ami, lui-même prostitué depuis l’âge de 15 ans. Discuter avec Mathieu, c’est plonger dans une vie où l’homophobie paternelle s’est doublée d’un rejet en milieu scolaire et où la prostitution est devenue « une manière d’affronter mes parents ». C’est parler de drogue et d’errance dans la rue. C’est décrire comme « un sauveur » un homme d’âge mûr lui ayant permis de dormir dans un appartement qui est aussi, selon les propres mots du jeune homme, « un bordel international ». C’est raconter des séjours en hôpital psychiatrique et affirmer que, malgré tout, « même si j’ai envie de faire un autre métier, je ne me vois pas lâcher la prostitution ». Robert Rousseau parle de ces prostitués « comme des jeunes qui retournent contre eux-mêmes l’hostilité et la haine dont ils ont été victimes ».
Le même profil psychologique peut se retrouver dans les cas de jeunes tombés dans l’itinérance. Certes, tous les intervenants qui travaillent sur la question s’accordent pour signaler que le lien entre l’homophobie et la vie dans la rue n’est qu’indirect : c’est la pauvreté, l’alcool ou la drogue qui en sont les principales causes. Des causes qui, parfois, sont elles-mêmes le fruit d’une rupture sociale liée à la sexualité. Pour André Chauvette, directeur dans les années 90 du bunker Le Bon Dieu dans la rue, « si on estime qu’il y a environ 10 % d’homosexuels dans la population, je pense que ce pourcentage grimpe à 20 ou 30 % dans le cas des jeunes de la rue. C’est bien la preuve qu’il y a là un sérieux problème ».

Solution « politique » en attente

La difficulté qu’éprouvent les itinérants à parler de leur homosexualité illustre leur traumatisme : « J’ai pu en aider certains à parler, car je suis moi-même ouvertement gai. Il arrivait souvent que l’un d’entre eux vienne dans mon bureau pour se confier à moi. Dans certains cas (très minoritaires), cette orientation sexuelle était à la base de leurs malheurs, à cause du rejet qu’elle avait suscité », détaille André Chauvette. Comme dans le cas de la prostitution, il s’avère compliqué d’apporter une aide pour améliorer la situation de ces jeunes, puisque « les intervenants se situent la plupart du temps à la fin de la chaîne. Ces garçons et ces filles ont déjà subi tellement de revers, sans compter les problèmes de drogue et les désordres psychologiques. À ce moment-là, les solutions sont très peu nombreuses », se lamente Sylvain Flamand. D’ailleurs, la situation pourrait se compliquer davantage au cours des prochains mois : le Refuge de Jeunes de Montréal, situé sur le Plateau Mont-Royal, a décidé de se déplacer vers le Village, ce qui rapproche plusieurs centaines de personnes âgées de 17 à 24 ans (homosexuelles et hétérosexuelles) du monde de la drogue et de la prostitution.
Dès lors, comment changer les choses ? Pour beaucoup, le problème est politique. Bruno Laprade va dans ce sens lorsqu’il évoque les « réticences » qui expliquent l’absence d’un grand centre communautaire dans le Village. Pour sa part, Robert Rousseau regrette « le manque de budget et certains défauts de notre politique générale. Prenez par exemple la stratégie nationale de prévention du suicide. Le cas des jeunes gais n’est cité que dans un seul paragraphe, alors que toutes les études montrent que le nombre de suicides chez les jeunes homosexuels est particulièrement élevé chez nous ».
Reste à savoir quelle est réellement l’intention du gouvernement québécois à ce sujet. Une politique de lutte contre l’homophobie doit être rendue effective dans les prochains mois. Quels moyens va-t-elle mettre en œuvre pour ces jeunes à la dérive ? « Pour l’instant, personne n’en sait rien. La phrase qu’on entend partout, c’est “on attend” », lance Gengis Grenier. Une attente qui, au final, dure depuis bien longtemps.
Crédit photo : César Ochoa

À lire également :

0 commentaire

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Recherche sur le site

Archives PDF

Retrouvez également les éditions papier de nos articles, pour la plupart publiés dans les magazines Être, 2B et RG :

Toutes nos archives

Articles les + lus

  1. Intimidation - Une étudiante de Montmorency passe à l'action
  2. Contestation étudiante : y’a du printemps dans l’air
  3. Robert Bourassa et son homosexualité «présumée»
  4. Entrevue : « L’homophobie a toujours fait partie du peuple tunisien »
  5. G-H. Germain ne croit pas à l'homosexualité de Robert Bourassa
  6. W.E. : encore raté pour Madonna !
  7. Le sexe en public: quand le risque excite
  8. Officiel : Madonna à Montréal et Québec cet été
  9. Tendances - Le magasinage en ligne
  10. Transports aériens - Droits des trans : le CQGL ira jusqu'au bout

Rejoignez-nous!

En direct sur Twitter

Derniers articles

  1. Gris-Québec accueille Diane Dufresne et les Violons du Roy
  2. Intimidation – Une étudiante de Montmorency passe à l’action
  3. Mr Gay World aura (enfin) des candidats africains noirs
  4. David Fortin aperçu en Colombie Britannique ?
  5. Contestation étudiante : y’a du printemps dans l’air
  6. France : le favori de la présidentielle traité de « lopette » par un député
  7. Transports aériens – Droits des trans : le CQGL ira jusqu’au bout
  8. G-H. Germain ne croit pas à l’homosexualité de Robert Bourassa
  9. Arizona : un shérif conservateur obligé de sortir du placard
  10. Faille dans le mariage gai : dépôt du nouveau projet de loi