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Arts visuels

Sébastien David: une yeule qu’on aime

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par Rédaction Être le 4 janvier 2011

Les amateurs de théâtre vont devoir retenir ce nom pour les prochaines années. À 27 ans, Sébastien David ouvrira, en même temps que Michel Marc Bouchard, la saison théâtrale 2011 du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal, avec Ta Yeule Kathleen et En attendant Gaudreault. Misère sociale et explosion d’émotions sont au programme. Le tout superbement écrit et interprété.

sébastien

Attablé à un café du Village en ce début de mois de décembre, Sébastien David est souriant mais épuisé. Le prix à payer lorsque l’on est à la fois auteur, acteur et producteur de sa pièce.
Le jeune homme de 27 ans n’a cependant aucun regret. Même à choisir entre un rôle dans la nouvelle pièce de Michel Marc Bouchard (présentée dans le même temps dans une autre salle du Théâtre d’Aujourd’hui) et son aventure, l’artiste n’hésiterait pas une seconde. «Néanmoins c’est la dernière fois que je joue une de mes pièces. Il y a trop de chapeaux. C’est trop compliqué», précise-t-il.
Du 11 au 29 janvier 2011, ce natif du «450» va donc réaliser ce que des centaines de jeunes professionnels du théâtre aimeraient faire : voir sa propre œuvre choisie par un grand théâtre. Hormis ses réalisations pour l’École nationale de théâtre, Sébastien David avait déjà vu sa pièce Bowling for Trois-Rivières être mise en scène en 2009 par le grand Gervais Gaudreault.

«Très pessimiste dans la vie»

Ta Yeule Kathleen, c’est l’histoire et le monologue déchirant de Lynn, mère célibataire incapable de s’occuper de son bébé. Excédée par les pleurs incessants et insupportables de Kathleen, elle tentera par tous les moyens de sortir dans un bar où elle trouvera encore davantage de raisons de désespérer.
En attendant Gaudreault (hommage bien sûr à Samuel Beckett) nous montre pour sa part trois personnages (interprétés par Marie-Hélène Gosselin, Frédéric Côté et Sébastien David, de gauche à droite sur la photo)au bord de la rupture psychologique. Leurs problèmes et leurs espoirs ont tous en commun l’invisibleGaudreault, que Sébastien David perçoit comme une métaphore de Dieu.
La noirceur et la détresse émanant de ces pièces tranchent avec la douceur de celui qui les a écrites. Sébastien David avoue être «résolument pessimiste dans la vie.» Ce qui l’intéresse : «La misère humaine, cette inertie dans laquelle les gens sont pris, cet engrenage où l’ignorance règne. C’est un problème généralisé en Occident. Je me souviens du récit d’un ami parti en Espagne pour un festival où des metteurs en scène de différents pays venaient montrer des courtes pièces. Dans l’œuvre d’un Polonais, des femmes s’ennuyaient tant qu’elles en venaient à dire regretter de ne pas avoir à vivre quelque chose d’aussi monstrueux que l’Holocauste…»

Il a «vomi» sa pièce

Ce désespoir, il le « vi[t] tous les jours avec les gens qu’[il] croise. Il concerne des gens socialement pauvres dans la pièce. Mais il pourrait tout aussi bien s’agir de riches, alcooliques, enfermés dans leur appartement».
En attendant Gaudreault, Sébastien David dit «l’avoir vomi, écrit en un seul jet. C’est ce que je voulais d’ailleurs. Je n’allais pas bien à ce moment-là. J’étais en pleine rupture. Il fallait que ça sorte. Ensuite, j’ai restructuré tout cela».
De là sans doute provient cette impression d’un trop plein d’émotions, d’une tension qui se mêle à des personnages immobiles, qu’on se retrouve obligés d’écouter et où ce qui bougent sont les mots et uniquement les mots. Tous, dans les deux pièces, avancent vers le moment fatidique, vers «la catharsis, la sublimation. C’est comme une chanson, avec différents moments, plus ou moins intenses», dit encore l’artiste pour qui cette explosion et les conséquences qui en découlent font des deux pièces «des histoires qui finissent plutôt bien».

Tremblay, Von Trier et Daniel Keane

Sans pour autant vouloir faire de comparaison inutile, on pourrait dire qu’on retrouve dans les textes de Sébastien David la même violence flamboyante rencontrée chez Albertine et sa famille. Michel Tremblay ? Bien que gêné, il le cite comme référence. Michel Marc Bouchard et Norman Chaurette en font aussi partie, tout comme le réalisateur danois Lars Von Trier (Dancer in the Dark, Dogma…) parce qu’il «parvient à montrer des gens qui vont attirer tant l’empathie que la pitié. C’est mon but moi aussi», indique-t-il.
Mais c’est surtout Daniel Keane, auteur australien, qu’il évoque longuement. Il aime ses «personnages qui errent et qui ne sont pas bien, avec une écriture minimaliste, sans ponctuation».
En couple depuis quelques mois, s’imagine-t-il maintenant aller vers une écriture plus «positive» dans ses prochaines créations ? En guise de réponse, il affirme que si son «chum a comme qualité de voir d’abord la beauté des personnes, moi je verrais plus leur laideur».
Quant à écrire sur des thèmes homos, Sébastien David se montre plutôt réticent : «Je n’aime pas l’art gai ou plutôt qu’on s’y confine. Ce dont j’ai envie de parler, c’est de l’humain. Je n’ai pas besoin d’avoir été enceinte et mère pour écrire sur Lynn. Ce poids qu’elle a, je l’ai eu aussi dans ma vie. Néanmoins, j’en viendrai peut-être à parler de choses à thématique gaie».
Pour l’heure, seules comptent Ta Yeule Kathleen et En attendant Gaudreault. Histoire de connaître l’univers d’un artiste dont, à coup sûr, on vous reparlera.
En attendant Gaudreault
Précédé de Ta Yeule Kathleen
Du 11 au 29 janvier 2011
Au Théâtre d’Aujourd’hui
Salle Jean-Claude Germain
3900 rue Saint-Denis
Montréal (QC), H2W 2M2
http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/

Crédits photo: Jérémie Battaglia.

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