Itinérance : les politiques réagissent (1/3) – Hélène Laverdière
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De retour d’Ottawa, une semaine après la reprise parlementaire, Hélène Laverdière, députée fédérale néo-démocrate de la circonscription Laurier-Sainte-Marie (qui comprend le Village), s’exprime sur l’itinérance dans le quartier gai de Montréal alors qu’une pétition circule pour demander un renforcement de la sécurité. La parlementaire du NPD souhaite que l’on traite le sujet sur le long terme.
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Êtremag. Comment réagissez-vous à l’appel de certains habitants du Village pour accroître la sécurité dans le Village ?
Hélène Laverdière. Le problème, ce ne sont pas les itinérants, c’est l’itinérance. Faut-il plus de policiers ? S’ils sont peu formés, je n’en vois pas l’intérêt. Par contre, les centres communautaires débordent déjà cet été et ils seront encore plus en difficulté cet hiver. Leurs financements ne sont pas indexés. Or, un gouvernement responsable devrait agir et augmenter significativement les budgets.
Prenez, par exemple, le bill omnibus, qui vise à terme à emprisonner plus de gens. Le gouvernement conservateur refuse de nous donner les chiffres, mais les coûts seront absorbés par les gouvernements provinciaux. C’est autant d’argent qui n’ira pas aux programmes de base : emploi, logements sociaux abordables, réinsertion… Pourtant, tout cela coûte peu et prévient efficacement les crimes.
Êtremag. Quelle réponse apporter face aux problèmes particuliers des itinérants ayant des problèmes psychologiques ?
H.L. Quand on parle de désinstitutionnalisation, il ne faut pas l’aborder simplement. Il y avait avantage à garder des gens au sein de leur communauté plutôt qu’en milieu hospitalier, mais cela ne peut se faire ni sans moyens ni service adéquat. Ainsi, il faut appuyer le milieu afin d’éviter d’envoyer trop tôt les personnes âgées dans des CHLSD. Mais la désinstitutionalisation s’est, elle, faite sans appui.

Êtremag. Et pour les gangs de rue ?
H.L. Il faut agir à long terme : justice sociale, donner un avenir aux jeunes. Quand il y a eu les émeutes au Royaume-Uni, on a dénoncé l’action de « voyous ». Mais si l’on stigmatise la population en leur disant qu’ils ne sont rien, qu’ils sont sans avenir, il n’est pas surprenant de voir des comportements antisociaux. Alors oui, cela prend du temps. Mais trop souvent en politique, on a une vision à courte échéance. Souvenons-nous de Jack Layton qui disait « ayez des rêves qui durent plus qu’une vie ».
Êtremag. Pensez-vous que vous pourrez convaincre les conservateurs, aujourd’hui majoritaires ?
H.L. La discussion est stratégique. Nous sommes impliqués et actifs dans le dossier du SPLI (Stratégie des Partenariats de Lutte contre l’Itinérance) ; nous n’avons pas attendu que le gouvernement en discute. Mais l’on peut faire entendre notre voix. Voyez le projet de loi sur le droit des transsexuels et transgenres, à la session précédente : nous avons convaincu huit conservateurs.
Cependant, il faut aussi mobiliser la société civile, car l’itinérance concerne tous les centres-urbains, à Montréal, au Québec, au Canada, pas seulement Laurier-Sainte-Marie. C’est la raison pour laquelle nous devons unir nos forces afin d’envoyer un signal fort aux gouvernements. Même la vague qui frappe le rocher finit par l’éroder.
Crédits photo: Antoine Aubert (Village)


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Ville-Marie, l’arrondissement sacrifié ?
Le 12 septembre dernier un groupe de citoyens de Ville-Marie a remis une pétition de plus de 2000 signatures au maire Gérald Tremblay. Un geste, un cri du cœur pour demander à son administration de prendre des mesures quant aux différents problèmes vécus dans l’arrondissement, plus spécifiquement dans le village gai au cours de l’été qui s’achevait.
Le problème, les incivilités grandissantes en gestes et en nombres commises par les personnes vivant dans et de l’itinérance. Un phénomène qui ne cesse de croître dans Ville-Marie.
Cette pétition était accompagnée d’une ouverture au dialogue ainsi que d’une série de propositions visant à permettre une meilleure cohabitation entre les humains de Ville-Marie. Depuis, les pétitionnaires et leurs signataires n’ont cessé d’être attaqués sur la place publique par différents groupes d’intérêts.
Un peu d’histoire:
La Bienheureuse Émilie Gamelin 1800-1851, serait responsable de la création de la première soupe populaire de Ville-Marie vers les années 1830. On raconte que son œuvre principale se situait là où, on lui a dédié un parc au cœur de l’arrondissement Ville-Marie de Montréal (Station Berri UQAM).
Au fil des époques, l’essentiel des œuvres humanitaires du Montréal métropolitain se sont toujours développées à proximité de ce point bienfaisant.
Or, il faut comprendre que Ville-Marie/Montréal en 1832 comptait alors moins de 35 000 habitants. Ce qui allait devenir plus tard le Québec, moins de 400 000 habitants.
Montréal n’était alors qu’un gros St-Georges de Beauce version 2011.
L’arrondissement Ville-Marie d’aujourd’hui c’est le Montréal de 1832. À peu de choses près les mêmes rues, le même territoire, tout le reste est venu APRÈS !
Pourtant, depuis ce temps malgré l’accroissement de la population et du territoire, le centre névralgique de tous les organismes d’aides aux populations démunies est Ville-Marie, 73 organismes sur 80 aujourd’hui. Évidemment, les gens vont ou les services se trouvent, peut-on leur en vouloir?
Est-il encore concevable que ce soit constamment les habitants de Ville-Marie qui ait à composer avec l’essentiel des problématiques produites par une clientèle issue d’une région de plus de 4 millions d’individus, d’une province de plus de 8 millions d’habitants?
Il serait impératif que les autres citoyens de notre société fassent leur part, une véritable part! Pas simplement en acceptant de payer pour des programmes visant à supporter davantage Ville-Marie. Qu’ils acceptent à leur tour d’accueillir une partie de ces personnes en difficultés, souvent les leurs en mettant en place leurs propres services de proximité!
Qu’ils fassent à leur tour preuve de leurs prétentions humanitaires. On ne peut plus croire que Ville-Marie et ses habitants sont en mesure à eux seuls d’aider, de vivre avec les impacts puis de réintégrer les personnes démunies de notre société. C’est devenu humainement impossible, invivable !
Ville-Marie aujourd’hui, environ 80 000 habitants. Selon les organismes d’aides, annuellement se sont entre 17000 et 25000 sans abris qui débarquent de partout et qui comptent sur les services implantés dans Ville-Marie et de l’aumône de ses résidents pour les aider. La cour est pleine !
Historiquement et collectivement Ville-Marie a toujours fait preuve d’une humanité exceptionnelle, d’un sens de l’accueil supérieur à toute autre région. Je suis outré de voir aujourd’hui des personnes mal informées, motivées surtout par leurs agendas politique venir nous accuser du contraire.
Guy Corriveau
Je suis citoyen du quartier St-Jacques, de Ville-Marie, de Montréal.
« La politique différemment » ?
Madame Laverdière ne fait que répéter les gestes et paroles de la bonne vieille politique classique.
Ce n’est pas nous qui pouvons, c’est le parti au pouvoir. Y a pas suffisamment d’argent, on nous impose des coupures et tout le reste…
Il faudra voir, attendre, prendre son temps et croire qu’avec le temps, bien oui le temps, les choses iront en s’améliorant.
Ce n’est pas nouveau comme problème. Il fait son nid depuis plus de 180 ans. Dans ce temps là, il n’y avait même pas un premier ministre du CANADA sur qui chialer. Depuis 1867 ils se succèdent les élus en pelletant dans Ville-Marie les pseudos solutions.
Le véritable problème en est un de concentration. Il faut simplement arriver à nous donner un peu d’air à nous les résidents de Ville-Marie en déployant des ressources AILLEURS.
Mais quand ta base électorale, ton organisation, sont aussi les gérants de la «Business de la pauvreté». Pourquoi s’employer à se les aliéner? Mais ca, c’était là bien avant Laverdière…
Bonjour Mme le député,
Vous n’avez pas adressé la question de pourquoi la société québécoise choisit mettre la responsabilité pour la gestion de l’itinérance sur les épaules de la communauté gay – de pourquoi on s’attend à ce que une communauté déjà lui même marginalisée doit porter seule ce grand devoir. Nous constatons que cet attitude « out of sight, out of mind » n’aide ni les principaux concernés, ni notre communauté, ni la société québécoise à part entière.
Il est fourbe de dire « le problème, ce ne sont pas les itinérants, c’est l’itinérance. » L’itinérance, c’est par définition les concernés ! Au lieu d’adresser cette importante question pour les gens de votre circonscription, vous préférerez l’abstraire afin de ne pas offrir des solutions concrètes et réalistes. Si vous n’avez aucune action immédiate à suggérez, vous pourriez au moins vous abstenir de critiquer ceux qui en cherche une. Je suis très déçu par votre manque de leadership. Et que vous osez citer Jack Layton, lui qui encourageait tous les citoyens à s’intéresser à l’amélioration de leurs communautés…
Des visions à longue terme, oui, j’en conviens, mais cela n’excuse aucunement l’inaction aujourd’hui.
William Raillant-Clark
Je crois que vous avez mal compris le sens de la pétition (que j’ai signé d’ailleurs en tant que résident du quartier), on ne parle pas nécessairement de « renforcement de la sécurité », mais bien d’une façon de gérer la cohabitation entre les 73 organismes établis dans Centre-Sud (sur 90 pour l’ensemble de l’île de Montréal) venant en aide aux personnes itinérantes, leurs usagers et les résidents et commerçants du Village!
Cet été les cas de violence dû à l’itinérance et la surconsommation de drogue et d’alcool ont atteint des sommets. Le Village est un quartier touristique et apparaît dans les efforts de promotion (et le guide officiel) de Tourisme Montréal et participe grandement au rayonnement de la ville et par le fait même constitue un élément économique non négligeable à la ville par l’argent neuf qu’il amène dans les coffres de l’arrondissement et la création d’emplois.
Ce qui est demandé par les signataires, c’est un moratoire sur l’établissement de nouveaux organismes – nous avons fait amplement notre part – une façon claire de gérer la situation sans tomber dans l’exclusion et la répression.
Voilà l’essence de la pétition.
@ Monsieur Raillant-Clark,
Je vous remercie d’avoir partagé vos commentaires suite à l’article paru dans le magazine Être.
J’aimerais toutefois clarifier certains points…
Tout d’abord, loin de moi l’idée d’attribuer à une communauté spécifique « la responsabilité pour la gestion de l’itinérance ». Au contraire, l’itinérance est un problème qui nous concerne toutes et tous et c’est ensemble que nous devons trouver des solutions.
Je suis tout à fait d’accord avec vous que d’ignorer le problème ne permettra certainement pas de le faire disparaître!
La question est complexe et de nombreux facteurs contribuent à pousser certains individus à la rue ou les empêchent d’en sortir. Ce sont ces facteurs (pauvreté, dégradation du tissu social, manque de ressources pour la réinsertion, manque de logements abordables…) qu’il faut attaquer, et non ceux qui en sont victimes, comme c’est trop souvent le cas… Au lieu de jeter le blâme sur les itinérants, il faut chercher à comprendre la situation de manière plus globale et proposer des solutions à la fois à court et à long terme pour l’améliorer.
Et des solutions concrètes, nous en avons, en fait, plusieurs à proposer.
Comme le rapportait le journaliste, nous croyons qu’il faut investir dans les programmes de base tels que l’emploi, les logements abordables, la réinsertion… Il agir en amont et en aval du problème pour prévenir que davantage de gens ne se retrouvent en situation d’itinérance et leur permettre de s’en sortir de façon définitive. Les organismes qui font actuellement un travail essentiel sur le terrain doivent être mieux soutenus. C’est pourquoi nous recommandons que le programme fédéral de la SPLI (Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance) soit bonifié et puisse appuyer les efforts déjà déployés dans les rues de Laurier-Ste-Marie et de bien d’autres endroits au Canada.
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@ Monsieur Corriveau,
Je comprends votre sentiment d’impuissance devant un gouvernement au pouvoir qui clâme qu’il n’y a pas suffisamment d’argent et qui impose par la suite ses coupures.
Je crois toutefois qu’il ne faut pas accepter cet argument aussi facilement. Un gouvernement fait des choix et si ceux du parti majoritairement au pouvoir sont d’investir massivement dans des méga-prisons et dans des équipements de défense plutôt que dans des programmes sociaux de base, il est de notre devoir de réagir et de faire entendre notre désaccord.
En tant qu’opposition officielle à Ottawa, nous y travaillerons fort, mais nous avons également besoin du soutien de la société civile, de vous, citoyennes et citoyens. Nous devons, ensemble, nous mobiliser pour s’assurer que le Canada avance vers une plus grande justice sociale plutôt qu’il s’en éloigne. Nous ne souhaitons pas nous asseoir et « attendre que ça passe », nous devons être proactifs afin de vivre dans un Canada plus juste, plus vert et plus solidaire.
Nous travaillerons sans relâche et nous y arriverons…car, comme je le disais, même le roc le plus solide finit par s’effriter sous l’effet répété des vagues de la marée.
Merci Mme Laverdière de prendre le temps de répondre aux commentaires sur ce site. C’est apprécié.
Je conseille personnellement à tous de lire les conclusions d’une étude qui vient de paraître, produite par le Conseil national du bien-être social (un organisme fédéral) qui estime qu’il serait moins coûteux pour le gouvernement de s’attaquer aux sources de la pauvreté que de ne pas s’en occuper. Voici le lien:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2011/09/28/002-economiser_milliards-en_sattaquant-sources_pauvrete.shtml
Un étude défendue par un sénateur… progressiste-conservateur!
Les chiffres par rapport à l’itinérance sont très révélateurs.
Madame Laverdière, la prochaine fois qu’un toxicomane me prend par le bras ou qu’un itinérant attaque physiquement un de mes amis, est-ce que vous serez là à nos côtés pour expliquer à eux autres que d’ici vingt ans, vous voulez eradiquer la pauvreté ? Il est trop facile de se cacher derrière des rapports et des études alors qu’il y a des problèmes réels, immédiats, quotidiens et concrets auquels nous devons faire face. Une stratégie à long terme, OUI. De l’inaction aujourd’hui, NON.
À William Raillant-Clark,
Je dois vous dire en toute honnêteté que le discours que vous tenez, je l’entends depuis 15 ans et qu’il n’a jamais contribué à améliorer la situation. Au nom de l’action immédiate, vous limitez la solution à faire appel à la police. C’est un sophisme. Tant et aussi longtemps qu’on ne s’attaque pas aux problèmes de fond
L’action immédiate inclut TOUTES les ressources possibles et pour arriver à trouver de véritables solutions, il faut aller au-delà de cette approche à la Harper, aux sources de ces lourdes problématiques.
Ce n’est pas d’hier que notre magazine s’intéresse à ces problématiques; c’est en fait depuis ses débuts, depuis 15 ans qu’ils les portent à l’attention de nos lecteurs.