Berlin: pauvre, sexy… et follement gaie
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Dans le cadre de son dossier Voyage paru dans son numéro du mois de décembre, Être évoque « l’évolution gaie » de plusieurs grandes villes occidentales. Premier arrêt: l’Allemagne. Berlin ist arm, aber sexy, « Berlin est pauvre, mais sexy », c’est ce qu’a répondu en 2004 Klaus Wowereit, le maire ouvertement gai de la ville réunifiée, interrogé sur la dépendance de la capitale aux fonds fédéraux et son stupéfiant taux de chômage. Aujourd’hui encore, 22 ans après la réunification, la région de Berlin reste l’une des zones les moins prospères du pays, mais se repaît des infrastructures financées par l’État et d’une culture qui attire une « classe créative » venant du monde entier.
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Pour ce qui est de la culture gaie, Berlin vous en fait voir de toutes les couleurs. Depuis les queers anticapitalistes qui squattent des caravanes aux héritiers hipsters qui envahissent les bars des quartiers branchés de Kreutzberg et de Prenzlauer Berg, personne ne sera déçu.
Pour les habitués des capitales européennes comme Paris ou Rome, la capitale allemande déconcerte de deux manières : beaucoup de choses y sont neuves ou reconstruites et les gais sont partout ! Berlin est l’une des rares villes dans le monde où ceux-ci sont intégrés de façon si profonde, à tous les niveaux de la culture et de la société, qu’ils ne sentent plus le besoin de se restreindre à un seul Village.
Une idée ce genre va même à l’encontre de la zeitgesit (« l’esprit du temps ») de cette métropole incroyablement vibrante et culturellement consciente d’elle-même depuis près de 20 ans : les restes du mur détruit sont partout dans la ville et dans les esprits. À peine la réunification entérinée, les gais (et les artistes), se sont dispersés dans plusieurs poches de la ville, là où les loyers étaient peu dispendieux.
Le Bassy jusqu’au petit jour
Pour ma part, séjourner dans le Gay Hostel de Schönberg a été une manière très séduisante de prendre le pouls du Village gai historique de Berlin, près du U-Bahn Nollendorfplatz. Ce bâtiment, où l’orange domine, ressemble à une chouette déclinaison du réputé Tom’s Hotel. Le lieu idéal pour se reposer et se refaire une beauté avant de sortir, loin des yeux prédateurs des hipsters omniprésents. Pour seulement 22€ (environ 30$) la nuit au cœur d’une capitale européenne, c’est presque du vol.
J’ai quitté son très serviable et mignon concierge pour rejoindre, avec les autres clients de l’hôtel, le Bassy. Cet endroit éclectique aux allures de catacombes dans le quartier revampé du Prenzlauer Berg accueille une performance appelée Chantal’s House of Shame, unanimement choisie par les touristes comme LE lieu incontournable du jeudi – avant lequel les jeunes gais et les ours branchés peuvent être surpris à boire à cet abreuvoir du Kreutzberg, le Möbel-Olfe.
Le Bassy provoque néanmoins un choc : le prix d’entrée s’élevait à un exorbitant 10€ (près de 14$) ; prix qui peut paraître normal pour Paris, beaucoup moins, en revanche, pour Berlin la « pauvre », où il tourne autour de 3-6 €… si ce n’est pas gratuit. Mais vous ai-je dit qu’il n’y avait pas de signal de fermeture dans la capitale ?
Conséquence : je me suis surpris à rester éveillé jusqu’à la fin de la journée. Débutant nécessairement avec un café et un croissant à Goldhahn et Samson sur la Helmholtzplatz, je me suis ensuite aventuré dans le quartier pour admirer une exposition de land art à la station Hamburger, convertie en un des musées d’art les plus contemporains au monde.
Le roi Berghain
Alors que les installations étaient déjà formidables, la magnifique collection d’œuvres de Keith Haring présentées là de façon permanente a mis un arc-en-ciel dans ma journée, de même que celles de Warhol, Rauschenberg, Nauman, Kiefer et des photographies de l’artiste phare canadien Jeff Wall.
Après une promenade le long des canaux de Kreutzberg, je suis retourné au Prenzlauerberg, admettant que j’étais déjà suffisamment sorti et que je pourrais simplement me reposer. Mais croisant un ami, avant de pouvoir dire Ja wohl, nous nous retrouvions au club le plus gai de la ville : le Berghain, situé dans une ancienne centrale électrique reconvertie.
Connu dans tout l’univers gai pour ses vendredis LAB.oratory exclusivement masculins, du samedi minuit au lundi matin, le Berghain est un temple de la house et de l’électro où s’y retrouvent les purs et durs.
Markus, le portier despote, décide d’un simple mouvement de tête aux cheveux gominés, ceux qui entrent ou non. Quelques tuyaux pour ne pas être refoulé : ne pas avoir l’air BCBG, ne pas parler anglais trop fort (être accompagné d’un germanophone, évidemment, ça aide).
La récompense vaut l’heure d’attente : une piste de danse gigantesque, des pièces supplémentaires pour les bars sur trois niveaux, des cubes lounge avec des coussins, des bars à expressos et à crèmes glacées (!). Avant que le jardin ouvre à 10 h (du matin), allez jeter un coup d’œil dans la back-room au niveau de la piste de danse principale, là où les plus sexy rodent pour des jeux coquins.
Crédits photo: jÖrg.


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