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Éditos

Itinérance: il faut plus que du Diachylon !

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par André Gagnon le 13 janvier 2012

La mort de Farshad Mohammadi, quelques mois après celles de Mario Hamel et de Patrick Limoges, a remis crûment dans l’actualité le problème grandissant de l’itinérance au centre-ville de Montréal et plus particulièrement les lacunes du suivi psychosocial auprès de cette portion considérable des personnes itinérantes qui ont des problèmes de santé mentale.

itinérance Florent Tanlet gouvernement Québec

On connaît bien les décisions politiques qui, depuis des décennies, ont fait ressurgir le problème dans nos rues : la désinstitutionalisation sans suivi psychosocial sérieux qui a vidé les hôpitaux psychiatriques, le désinvestissement du gouvernement fédéral dans le logement social qui est venu empirer la situation des personnes les plus fragiles dans nos communautés. Et ceci dans un contexte général où les politiques néolibérales des trente dernières années font que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Plusieurs appels de la Ville de Montréal

Ce n’est pas d’hier que cette situation est dénoncée. Dans un avis émis en novembre 2009, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse demandait « que l’État s’engage à renforcer les droits économiques et sociaux à l’intérieur de la Charte québécoise […] afin d’assurer la protection des droits des personnes […] en situation d’itinérance ». Elle requérait aussi « la mise en place d’une politique sur l’itinérance afin que l’État, ses différents représentants et agents fournisseurs de services, s’engagent formellement dans une action planifiée et concertée ». Elle demandait enfin « que l’État privilégie une approche préventive et proactive relativement au phénomène de l’itinérance, notamment en faisant bénéficier d’un logement suffisant et adéquat les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir » et « que le gouvernement bonifie et rende récurrents les budgets consacrés au financement de nouveaux projets d’habitation sociale ».

Par la voix de Jocelyn Ann Campbell, la Ville de Montréal a réitéré sa demande d’une action gouvernementale accrue, principalement axée sur de nouvelles ressources en urgence psychosociale. Le cabinet de la ministre Vien s’est engagé à finalement rencontrer le maire Gérald Tremblay pour entendre ses doléances après avoir fait la sourde oreille suite à la mort de Mario Hamel et de Patrick Limoges. Toutefois, ils se défendent bien d’être resté les bras croisés dans ce dossier. Florent Tanlet, l’attaché de presse de la ministre Vien, cite ainsi le budget alloué au plan d’action de lutte contre l’itinérance, annoncé en 2009, qui est passé de 14 à 63 millions pour trois ans. « C’est sûr que ce ne sera jamais assez. Même si on mettait des milliards, ça ne résoudrait pas le problème » affirmait M. Tanlet à un journaliste.

Des milliards ? Vraiment ?

Selon une étude publiée par le Conseil national du bien-être social l’automne dernier, offrir un toit et un suivi aux personnes itinérantes serait au contraire la solution la plus économique quand on considère les coûts reliés à l’inaction actuelle. Cela coûterait entre 13.000 et 18.000$ par an, infiniment moins qu’un séjour en hôpital psychiatrique ou en prison qui oscille entre 85.000 et 120.000$ par année. Pour 30.000 personnes itinérantes selon les estimations, on est bien loin des milliards lancés en l’air par l’attaché de presse de la ministre ! Quand on sait qu’environ 20 % des quelque 4.500 personnes incarcérées au Québec (juste dans les prisons provinciales !) étaient itinérantes ou sans domicile fixe, on réalise qu’on dépense déjà au moins quatre fois plus pour les incarcérer que pour leur venir en aide ! Sans parler des coûts en soins hospitaliers, les services policiers, de justice, etc., etc.

On pourrait très bien y parvenir si, au lieu d’alimenter les amis du crime organisé en contrats juteux, ceux-là même qui font des gros profits en développant la dépendance aux drogues chez les personnes marginalisées, on daignait s’occuper sérieusement des problèmes sociaux lourds qui se développent dans nos rues.

Pour ce faire, même si la sortie des autorités municipales est un pas dans la bonne direction, il faudra avoir plus d’audace que de demander quelques dizaines de lits supplémentaires dans le réseau de la santé. Quand on est rendu à parler de 10.000 personnes itinérantes sur le territoire du CSSS Jean-Mance (qui recoupe le Village), il faut plus qu’un diachylon sur le bobo. Il est grandement temps de s’attaquer à la source du problème.

Crédits photo: Alanah.Montréal.

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