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Théâtre

L’Oratorio de Noël : blanc de mémoire

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par François Bernier le 11 février 2012

Dans une chambre d’hôpital, un homme reçoit la visite des membres de sa famille. Neurochirurgien atteint d’Alzheimer, Noël devient le témoin passif de la dégradation de sa lucidité. Ce texte de Michel Tremblay prend l’affiche du théâtre Jean Duceppe, du 15 février au 24 mars 2012. Alors que sa mère a été elle-même victime de ce terrible mal, Serge Denoncourt partage avec Être la façon dont il a abordé la toute dernière pièce de l’auteur québécois.

oratorio serge Denoncourt Rideau Vert Michel Tremblay

Être. Quel est votre point de vue sur l’histoire de L’Oratorio de Noël ?

Serge Denoncourt. Cet homme d’une soixantaine d’années atteint d’Alzheimer reçoit trois visiteurs; sa femme,  son fils et sa fille. Ils le visitent à trois époques différentes. Le début de sa maladie amène Noël à confondre la temporalité. On explore l’esprit d’un homme victime d’un mal incurable, à un stade critique où la lucidité côtoie le délire. On cherche à rendre théâtralement cet état d’esprit. Les différentes époques cohabitent et le personnage principal se trouve à répondre à des souvenirs. La situation fait évidemment réagir sa famille dans le temps réel.

Être. Comment en êtes-vous venu à découvrir et à assurer la mise en scène de cette œuvre ?

S.D. Michel a écrit cette pièce-là pour moi il y a environ trois ans. Je pense qu’il aime bien mon travail et qu’il avait envie de retravailler avec moi suite à la création de Fragments de mensonges inutiles qu’il avait beaucoup appréciée. Par le passé, j’ai monté de nombreux textes de Tremblay et je connais très bien son œuvre. L’Oratorio de Noël est une pièce qui traite d’Alzheimer et ma mère est décédée de cette terrible maladie. Je pense que Michel s’est dit que j’étais bien placé pour parler de ce thème. Je suis très heureux qu’il me l’ait destiné parce que je pense que ce texte est un des meilleurs qu’il ait écrit depuis plusieurs années. C’est vraiment un grand texte.

Être. Comment arrivez-vous à rendre sur scène ce phénomène de perte de mémoire pathologique?

S.D. C’est difficile d’en parler au moment où nous faisons cette entrevue. Dans toutes les sphères théâtrales, on tend à rendre cette impression de mémoire qui fuit. Le décor, par exemple, représente une chambre d’hôpital avec un rideau séparant la chambre de la salle d’attente où l’on voit les personnages en retrait. Plus le spectacle avance et plus ils s’éloignent, disparaissant peu à peu de sa mémoire. J’ai vraiment essayé de rendre cette impression d’une mémoire qui va et qui vient. Le texte pointe aussi dans cette direction.

Serge Denoncourt, metteur en scène de L'Oratorio de Noël

Être. Avec une thématique aussi délicate, comment avez-vous décidé d’aborder le travail avec les acteurs ?

S.D. Pour cette pièce en particulier, il fallait un acteur solide qui porterait la pièce sur ses épaules. C’est un grand rôle et pour ce défi gigantesque j’ai pensé à Raymond Bouchard qui est certainement l’un des plus grands acteurs au Québec. L’Oratorio de Noël signe son retour au théâtre après dix ans d’absence sur les planches. Sinon, dans le travail au quotidien, l’un des plus grands défis était de clarifier le mélange des époques pour que le spectateur s’y retrouve. Il a fallu donc questionner chaque réplique pour s’assurer de la temporalité qui y est associée. C’est un grand travail de précision qui vise tout de même à conserver l’impression de limbes, à créer une atmosphère onirique.

Être. Est-ce que Michel Tremblay tisse un lien entre la pièce musicale de Jean-Sébastien Bach qui porte le même titre que le spectacle ?

S.D. Le titre est dans la pièce, le personnage l’écoute dans son iPod. Je pense que Michel a dû l’écouter en travaillant. Elle n’est pas explicitement utilisée dans le texte, mais on la sent présente. On décèle qu’elle a inspiré la plume de Tremblay.

Être. Qu’appréciez-vous le plus dans la dramaturgie de Michel Tremblay?

S.D. Plusieurs choses parce qu’il a plusieurs personnalités. Il y a le Michel des Belles-Sœurs qui parle de ce cercle féminin qui l’a entouré dans son enfance. Il y a le Michel qui traite d’homosexualité comme dans le cas d’Hosanna et il y a un Michel plus mature qui aborde des thèmes nouveaux comme dans le cas de « L’Oratorio ». Le talent est toujours le même. On y reconnaît sa langue très musicale, mais le propos de cette nouvelle oeuvre confirme sa sagesse. Cette pièce n’aurait pas pu être écrite sans une sorte d’inquiétude sur la vie qui passe et de lucidité de vieillir.

L’Oratorio de Noël
Du 15 février au 24 mars 2012
Au théâtre Jean Duceppe
Texte de Michel Tremblay
Mise en scène de Serge Denoncourt
Avec Raymond Bouchard, Pierre-François Legendre et Monique Spaziani
duceppe.com

Crédits photos : François Brunelle (affiche), OSA – CDS (Serge Denoncourt).

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