Un jeune homme sans avenir – La grande humanité de Marie-Claire Blais
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Poursuivant sa magistrale fresque entamée en 1995 avec Soifs, Marie-Claire Blais a publié le sixième tome de la série, « Un jeune homme sans avenir ». Anciens et nouveaux personnages se croisent dans ce microcosme bouillonnant, où les grandes blessures humaines côtoient au quotidien les états de grâce.
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On retrouve, dans Un jeune homme sans avenir, trois univers superposés. Celui de Daniel, un écrivain pris dans un aéroport, de Fleur, musicien prodige vivant dans la rue avec son chien et de Petites Cendres, qui reste au lit au lieu de sortir avec ses amis travestis. Ces personnages à la fois lumineux et mélancoliques ont tous un pied dans le passé et un dans le futur. Ils sont, au moment où on les rejoint, abandonnés à leur sort, coincés dans l’interstice d’un présent qui les pèse.
L’auteure poursuit ici son portrait d’une humanité marginalisée, révoltée mais solidaire, qu’elle décrit avec une clairvoyance faisant foi d’une profonde sensibilité. C’est par l’entremise de cette sensibilité, universelle, que l’on entre dans l’œuvre de Marie-Claire Blais. Pourtant, ce flot d’écriture continu, ponctué de virgules et sans point (ou presque), où le narrateur omniscient circule de la pensée d’un personnage à un autre sans transition en intimide encore aujourd’hui plusieurs.
Symphonie humaine
On qualifie souvent le style de Blais de symphonique, pour les différentes voix qui s’entrelacent. Le texte, dense mais fluide, s’appréhende comme de la poésie. On peut penser la structure des voix comme un océan où la fin d’une vague se fond dans la nouvelle, changeant de rythme selon les personnages. Même à petites doses, les images qui traversent Un jeune homme sans avenir sont lumineuses et puissantes, nous submergent (voire nous hantent) et les liens se tissent naturellement.
Peu de journalistes se risquent à critiquer Marie-Claire Blais, mais tous soulignent que ces livres ne sont pas pour la table de chevet. Ne serait-ce pas plutôt cette façon de présenter l’œuvre qui la rend inaccessible, plus que le texte en tant que tel ? Pourquoi contribuer à hermétiser ce qui ne demande probablement pas tant d’élitisme ? Si les sujets abordés ne sont en soi pas légers (itinérance, maladie, drogue), la manière singulièrement inouïe dont Marie-Claire Blais fait jaillir la beauté à travers les blessures des personnages est à elle seule une raison de vouloir plonger dans son roman, ne serait-ce que pour quelques pages.
Un jeune homme sans avenir
Marie-Claire Blais
Boréal
304 pages

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