Janelle Monáe : mi-femme, mi-machine
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Si vous avez manqué sa prestation l’année dernière à Osheaga, vous pourrez vous reprendre cet été, car Janelle Monáe est de passage, ce soir, à Montréal pour le Festival de jazz.
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Figure quelque peu excentrique de la musique R&B populaire, Janelle Monáe confond tous les genres, elle mélange funk, néo soul et afro-futurisme, et nous arrive dans un emballage anachronique mariant des temps révolus à ceux encore à venir.
Rejointe par téléphone, c’est une Monáe peu loquace, difficile à dégeler et plutôt évasive qui a répondu aux questions d’Entre Elles ; aux antipodes de celle qui monte sur scène, toujours enthousiaste et énergétique. Mauvaise journée ? Le mystère reste entier. Mais, la chanteuse, qui ignorait la crise sociale qui secoue Montréal depuis plus de trois mois, dit que « tout le monde a besoin d’être entendu », une fois que la situation locale lui a été résumée, en quelques phrases à peine.
L’archange de l’an 2719
Née Janelle Monáe Robinson, cette fille de 26 ans originaire du Kansas est surtout connue pour son tube « Tightrope », tiré de son album ArchAndroid de 2010, dans lequel on la voit danser de façon impressionnante, vêtue de son éternel smoking – source de bien des rumeurs quant à son orientation sexuelle. À ce propos, la chanteuse a répondu dans le magazine Rolling Stone : « Je ne sors qu’avec des androïdes. Rien de mieux que des androïdes – ils ne vous trompent pas. »
Étrange finale à ces paroles cocasses, mais depuis 2007, cette férue de science-fiction a inscrit son œuvre musicale dans un récit futuriste très élaboré où elle répond au nom de Cindi Mayweather, son alter ego. Il s’agit d’une androïde du futur, de l’an 2719 pour être précis, inspirée du personnage de Maria et de son double robot dans le film culte Metropolis, réalisé par Fritz Lang en 1927. L’année de réalisation sonne comme un 2719 à l’envers… Est-ce voulu ? « Ah ! Une coïncidence… », rétorque la chanteuse au téléphone.
Malgré son air anodin, Monáe a pourtant un message clair à envoyer dans sa musique : son cheval de bataille est la défense des opprimés de toutes sortes. Comme Maria dans Metropolis, Cindi Mayweather représente le cœur, ce médiateur qui réconcilie la main avec le cerveau, les possédants avec les dépossédés. Pour Monáe, Cindi est l’archange qui voyage dans le temps afin d’aider l’Autre (The Other).
« L’Autre, c’est la différence, ce n’est pas la majorité, c’est l’inconfortable. Ça peut être quelqu’un de gai, quelqu’un avec un handicap, ça peut être une femme. C’est quelqu’un qui est mal accepté, qui fait face à des préjugés et de la discrimination », précise-t-elle.
« Nous avons besoin d’une voix, de quelqu’un qui nous comprend pour nous sentir habilités et émancipés. Il nous faut être une lumière », dit l’artiste, expliquant pourquoi c’est ce message qu’elle souhaite communiquer.
Futur hermétique
Alors qu’elle base sur le futur aussi bien son personnage que l’ensemble du récit de ses albums, elle reste de marbre quand on l’interroge sur son propre avenir. Pour Monáe, on ne peut se prononcer sur le futur puisqu’il recouvre des possibilités infinies et encore incertaines. Quoique raisonnable, cette vision est un peu embêtante pour les journalistes et les admirateurs curieux de connaître ses projets, qu’elle laisse volontairement vagues.
« C’est une question de timing, de précision. Il y a des moments inappropriés pour parler de certaines choses », indique-t-elle.
L’artiste a tout de même consenti à nous dire que son spectacle à Montréal « ne sera pas seulement fait de chansons, ce ne sera pas non plus seulement un spectacle de musique, mais ce sera une expérience, une véritable expérience ». À vous de voir ce qu’elle entend par là, le 27 juin prochain. Et, est-ce une autre coïncidence ? Ça se passera au… Métropolis.
Article paru dans le site Entre Elles le 26 juin.
Crédit photo : NRK P3.

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