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Québec

Témoignage – Arrestation des étudiants : « C’était surréel »

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par Webmestre Être le 1 juin 2012

La nuit du 23 mai, Jean-Pierre Lord a passé plus de six heures dans un autobus, les mains liées avec des attaches en plastique. Quelques jours plus tôt, ébranlé par une bombe assourdissante, il n’avait pas pu à se sauver et avait reçu des coups de matraque. Mais la brutalité policière, l’arrogance du gouvernement et la désinformation des médias n’ont pas réussi à éteindre la flamme de cet étudiant, militant et bénévole au Black & Blue.

Arrestations : toujours des problèmes entre la police et les étudiants à Montréal

Depuis plus de 100 jours, l’horaire de Jean-Pierre Lord est chamboulé. Il se lève tard, se couche au petit jour. Il vit sur l’adrénaline, mais pas celle produite par la peur, celle d’être au cœur de l’action et d’un grand changement social. Il y a longtemps qu’il voit venir les ennuis « En 2010, Bachand avait annoncé qu’il allait augmenter les frais de scolarités, rappelle-t-il. Moi, j’étais militant au Parti Québécois et j’ai tenté de sensibiliser mes collègues. Ça ne faisait pas l’unanimité, mais on a ouvert la discussion ».

Il n’y a pas une once de cynisme dans les mots du jeune homme lorsqu’il dit, convaincu, qu’il « croit encore à la démocratie ». Il ajoute : « La démocratie est un long processus de débat. Il faut que les citoyens se parlent, comprennent les enjeux, et surtout, comprennent pourquoi on se mobilise ».

« Il faut que les gens se parlent »

Ceux qui ne comprennent pas, Jean-Pierre ne se gêne pas pour leur expliquer, tout sourire, sans la moindre amertume. « Quand je suis sorti sur mon balcon pour taper sur ma casserole, mon voisin est sorti pour m’engueuler. J’ai dit : « Si je fais ça, c’est pour sonner l’alarme. Si je voyais un voleur entrer chez vous et que je ne faisais rien, tu m’en voudrais? Ben c’est ça, je sonne ma casserole pour te dire que le voleur est là, au Conseil du Trésor. Ça dure 15 minutes, endure-moi ! » », dit-il en riant.

Un soir, juste avant de se faire mettre au sol par quelques policiers, l’étudiant en travail social dialoguait avec un homme de 72 ans qui marchait à ses côtés, « une belle rencontre », se rappelle-t-il. Un peu plus tôt, il parlait avec des gens d’Edmonton. À chaque rassemblement, il crée des liens, il discute, il s’inspire : « Il y a un aspect social qui est important dans une manifestation. Tu socialises avec les gens de ton quartier et ton voisinage. Il faut que les gens se parlent ».

Interdiction d’aller aux toilettes

Le 23 mai, il jase de la légitimité du mouvement des casseroles avec une professeure de littérature d’origine latino-américaine lorsqu’il sent une commotion dans la foule. Un cordon de policiers se forme et le marcheur se trouve encerclé avec d’autres manifestants. Même devant le silence des autorités, il refuse de sombrer dans le régime de terreur, il reste positif et encourage ses compatriotes à faire de même. « On criait : « Ne vous sentez pas humiliés, demeurez fiers », se rappelle-t-il. C’était un beau moment malgré tout, beaucoup de personnes tentaient de détendre l’atmosphère ».

Jean-Pierre Lord est menotté puis emmené au coin de Langelier et Jean-Talon. Il n’a pas un sou en poche. Il n’est pas autorisé à aller aux toilettes. Une voisine tombe en hypoglycémie, un voisin a les mains bleues à cause des tie-wraps. « C’était surréel », dit-il. Lorsqu’il est enfin libéré, il constate avec joie la solidarité du mouvement étudiant : il est reçu par un petit groupe qui l’accueille avec de la nourriture.

Celui qui dit voir l’éducation comme la colonne vertébrale du peuple n’entend pas courber l’échine sous le poids de la violence. Il a choisi de ne pas se laisser humilier, pas plus par un gouvernement arrogant que par le système policier, auquel il croit encore, même s’il déplore son instrumentalisation et qu’il s’interroge sur leur formation sur le plan éthique. Il avoue sans gêne être pris d’émotion lorsqu’il rentre le soir à la maison. Mais quand il est dans la rue, il marche pour la liberté de pensée et continue de dialoguer avec ses concitoyens. Si le gouvernement refuse toujours de l’écouter, il ira faire entendre sa voix au scrutin.

Crédit photo : Claude Robillard.

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