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Théâtre

Chicoutimi – La Tortue noire : les marionnettes comme carapace

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par Webmestre Être le 18 juillet 2012

Si l’homosexualité est loin d’être pleinement acceptée au Saguenay, on ne peut pas en dire autant de l’art. Dany Lefrançois, concerné par ces deux catégories, parvient à s’épanouir à Chicoutimi grâce à sa compagnie de théâtre.

Dany Lefrançois et la Tortue noire

« Au début, je suis revenu dans ma région parce que c’est là qu’étaient les propositions de contrats qui m’intéressaient. Après mon année au Conservatoire d’art dramatique de Québec, j’ai repris mes rôles ici, et nous avons fondé La tortue noire », raconte le directeur artistique de la compagnie.

À 33 ans, il dit se nourrir de la qualité et de l’enthousiasme de ceux et celles avec qui il partage sa passion. « Je m’appuie sur des piliers dans mon cheminement, des gens comme Sara Moisan, ma comparse, Guylaine Rivard, avec qui je collabore de près, ou Miguel Pérez, le directeur du festival au Mexique. »

Dany Lefrançois a opté pour un théâtre de marionnettes, dans sa forme traditionnelle, et cela est devenu au fil des ans un théâtre d’objets (le rapport avec l’objet brut). « Ce type de spectacles permet la confrontation avec l’inanimé, affirme-t-il. En résultent la rencontre avec l’autre, et l’exploration de thèmes comme la naissance, la mort ou la quête de l’identité. »

Voyage, voyage…

La plupart de ces spectacles sont des créations issues de l’exploration, de la manipulation et de la poésie. Après avoir raflé plusieurs prix internationaux (comme le Gallery Chagall Award en République tchèque) qui ont offert une belle visibilité à ses quatre petits (Vie et mort du petit chaperon rouge en 8 minutes ralenties ; Kiwi ; Le Grand Œuvre ; et Témoins), il espère bien, désormais, voir son théâtre continuer de se développer grâce à son tout nouveau spectacle : Daïdalos, théâtres d’un labyrinthe. Cette œuvre sera jouée en septembre au Festival international des arts de la marionnette de Saguenay, puis du 3 au 13 octobre, toujours dans la même ville. Ce spectacle aussi aura de bonnes chances de parcourir le monde.

Dany Lefrançois (Crédit : Patrick Simard)

« On lance d’abord un spectacle en région, et comme il y a beaucoup de diffuseurs, on souhaite des invitations pour voyager, confirme Dany Lefrançois. C’est comme ça qu’on s’épanouit. Oui, à Saguenay il y a neuf compagnies de théâtre – je continue d’ailleurs de m’enrichir avec Cri, La Rubrique et Les 100 masques, pour ne nommer que ceux-là. Nous nous faisons évoluer les uns les autres. L’art de la marionnette a été pratiqué par des nomades, des saltimbanques. Voyager nous permet aussi de faire des rencontres extraordinaires ».

D’où le nom de la compagnie : « Nos spectacles sont relativement sombres, joués sur des rythmes plutôt lents, comme une tortue noire, mais notre carapace, notre maison saguenéenne, la tortue la traîne partout à travers le monde. »

Des marionnettes homosexuelles ?

Après avoir donné dans le mythe fantastique, dans le mélodrame et dans la poésie, de même que dans l’humanité et la création, Dany Lefrançois et La tortue noire s’attaquent au mythe du labyrinthe et à la perte de l’Homme, aux prises avec son existence. D’ici quelques années, on pourra sans doute apprécier le thème de l’homosexualité mis en scène avec des marionnettes. « En fait, j’ai déjà quelques idées là-dessus, mais ce n’est pas pour tout de suite, indique le directeur artistique. Bien sûr que je voudrais en parler, mais dans ma tête, ça se ferait comme une animation plutôt underground… rien n’est encore décidé. »

Ce Saguenéen d’origine considère même le théâtre comme une bonne tribune pour ce sujet. S’il dit exercer son métier en compagnie de gens très ouverts, il déplore quand même certaines mentalités un peu « arriérées » de la région. En couple depuis 13 ans, il considère pourtant que la longévité de sa relation a été facilitée par son milieu de vie et il agit tout naturellement. Toutefois, il n’irait pas jusqu’à marcher main dans la main dans les rues avec son copain. « Ce que je ne ferais pas à Montréal non plus, de toute façon », précise-t-il.

Crédits photo : Boran Richard et Patrick Simard.

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