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Élection 2012 – Un choix de société

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par André Gagnon le 14 août 2012

S’il y a un propos de Jean Charest avec lequel je suis d’accord dans la campagne électorale en cours, c’est quand il affirme que les Québécois doivent faire un choix de société. Le choix n’est toutefois pas, comme il le prétend, entre la démocratie et l’État de droit d’une part, la rue d’autre part. L’assertion est assez grossière pour un gouvernement qui se présente comme garant de l’État de droit tout en défendant une loi dénoncée par sa propre Commission des droits de la personne…

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Le choix à faire porte bien davantage sur la poursuite ou l’abandon des politiques néolibérales introduites peu à peu depuis une trentaine d’années, en particulier sous la gouvernance de Jean Charest. Voilà le débat de société en filigrane du printemps québécois. Mais celui-ci n’a jamais été mené en profondeur – l’exemple des frais de scolarité universitaires en est une excellente illustration – puisque le virage néolibéral a jusqu’à présent été pris à petites doses.

Débattre enfin des politiques néolibérales

Le même Parti libéral qui promettait la gratuité scolaire jusqu’à l’université aux débuts de la Révolution tranquille la présente aujourd’hui comme une hérésie, ne trouvant la vertu que dans l’adoption du modèle anglo-saxon de plus en plus décrié des frais de scolarité élevés et de l’endettement étudiant. Le Québec signait pourtant en 1966 le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, prévoyant l’instauration progressive de la gratuité dans l’enseignement supérieur ; une finalité partagée par trois gouvernements libéraux, dont celui de Robert Bourassa. Si le gel des frais de scolarité avait été adopté en 1968 comme un compromis permettant d’atteindre à terme cet objectif de gratuité, c’est sans aucun débat, lors de la campagne électorale de 1989, qu’il était abandonné.

À l’époque, pressé par les associations étudiantes, le premier ministre Bourassa avait fini par répondre que le maintien du gel dépendrait de « l’état des finances publiques ». Moins de trois mois après l’élection, son gouvernement annonçait sa décision de tripler les frais de scolarité. Depuis, le débat avait porté sur le rétablissement du gel ou le niveau d’augmentation des frais ; comme si le principe de gratuité scolaire, officiellement reconnu à tous les autres niveaux d’études, ne pouvait être envisagé pour celui où la situation financière de la majorité des étudiants est la plus précaire.

Sans véritable débat, un principe tout aussi fondamental que la gratuité des services de santé a également été mis de côté au nom de « l’état des finances publiques » alors qu’au même moment, les impôts des entreprises et des plus riches étaient réduits. C’est ce débat que le mouvement étudiant de contestation a remis sur la table.

Notre communauté, parent pauvre des groupes historiquement discriminés

Comme notre mouvement social n’a véritablement pris son envol qu’avec les années 1990, soit après le passage progressif aux politiques néolibérales qui prônent la réduction du rôle redistributeur de l’État, nous n’avons jamais pu bénéficier du genre de programmes mis en place à partir des années 1970 pour lutter contre le sexisme et le racisme. Pas question ici de créer l’équivalent d’un Conseil du statut de la femme ou du Conseil des relations interculturelles. Pas question non plus de soutenir des centres GLBT comme on finance depuis des décennies des centres de femmes, des centres pour les communautés ethnoculturelles ou même des centres de jeunes ou de personnes âgées. La lutte contre l’homophobie repose à ce jour, toute entière, sur les épaules de nos organismes communautaires qui carburent au bénévolat. En annonçant le maigre plan d’action contre l’homophobie, le ministre Fournier reconnaissait lui-même qu’il ne répondait qu’à 20 % des besoins minimaux identifiés.

Dans l’économie néolibérale, le seul intérêt qu’on nous porte relève de l’argent rose. Même nos événements majeurs ne peuvent qu’invoquer ces retombées roses pour obtenir un minimum de financement via des commandites privées, ce qui nous embarque dans une logique mercantile, aux antipodes de leur but premier.

Alors oui, cette élection porte sur un choix de société. Voulons-nous continuer d’orienter le Québec dans la voie néolibérale dans laquelle les écarts s’accroissent ? Cette politique où l’État se prive des ressources dont il a besoin pour assumer ses responsabilités comme ses mission fondamentales et ce avec les dérives (collusion, corruption…) dont on entend amplement parler ? Ou voulons-nous d’un Québec où le principe démocratique fondamental de l’égalité est affirmé et non sacrifié au nom de « la liberté » d’entreprise ? Un choix que nous aurons à faire le 4 septembre.

Crédit photo : Alexandre Guédon

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