Le choix du 4 septembre
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Lorsque Jean Charest a pris le pouvoir en 2003, le Québec venait d’aller aussi loin qu’il le pouvait en matière de droits LGB avec l’ancien gouvernement Landry et la loi instituant l’union civile et de nouvelles règles de filiation. Pour les trans, tout restait et reste encore à faire en matière d’égalité. La Cour allait accéder la même année à la requête du couple Hendricks-Leboeuf et invalider la définition hétérosexiste du mariage…
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Nos droits ne faisaient l’objet d’aucun engagement dans les programmes des partis politiques du Québec et c’est sans surprise que la « réingénierie de l’État » promise par les libéraux nous a laissés en plan. Les quelques programmes qui permettaient à nos organismes d’obtenir du financement ont été coupés et le désengagement annoncé de l’État au profit des partenariats publics-privés (soit, dans l’action communautaire, un transfert des responsabilités de l’État aux organismes… invités à compter aussi et surtout sur l’auto-financement) fermait la porte à une prise en compte sérieuse par celui-ci de la lutte contre l’homophobie et la transphobie.
On connait la suite. Les réductions d’impôts promises dans la foulée de la « réingénierie » ont surtout profité aux plus riches et aux grandes entreprises, pendant que les frais aux utilisateurs ont rapidement augmenté, annulant pour la plupart des contribuables les effets des baisses d’impôt. Le désengagement de l’État a ouvert la porte au privé dans plusieurs secteurs, de la réfection des infrastructures aux garderies, multipliant les occasions de patronage et de corruption, pendant que nos organismes communautaires reçoivent toujours des miettes pour faire le travail qui devrait être celui de l’État : combattre la discrimination et s’assurer de notre égalité de facto. La même situation se reproduit dans plusieurs champs d’intervention de l’État avec des conséquences de plus en plus alarmantes, par exemple en matière d’itinérance.
Des miettes pour les organismes
Comme dans le portrait global, les orientations néolibérales mises en place ont pour conséquence d’accroitre les inégalités. Pendant que les minières sont généreusement subventionnées dans le cadre du Plan Nord (et des milliards investis pour ouvrir le territoire à leur exploitation), après neuf ans de tergiversations, nos organismes viennent à peine de toucher les premières maigres subventions accordées dans le cadre du trop longtemps attendu Plan d’action contre l’homophobie. La base conservatrice du PLQ ne s’en sera même pas aperçue si, comme le prévoient les sondages, Jean Charest perd le pouvoir.
En tout, sept millions de dollars sur cinq ans (dont quatre relevant du prochain gouvernement), trois fois moins par année que les sommes investies dans la lutte à l’intimidation en milieu scolaire (déjà considérées comme nettement insuffisantes). C’est dire l’importance accordée par le gouvernement sortant à la question ! Si le PLQ compte à son actif l’adoption de cette politique recommandée par la Commission des droits de la personne, la lenteur et la timidité des mesures mises en place ne compensent même pas pour les pertes subies par nos communautés sous sa gouverne.
Bien qu’au cœur du Printemps érable, la remise en question des orientations néolibérales, qui ont façonné les politiques québécoise et canadienne depuis près de 30 ans, a occupé assez peu de place dans la campagne électorale. Et ce malgré la grave crise économique de 2008 (échec éclatant des politiques économiques néolibérales), le mouvement des Indignés et notre printemps chaud.
Le PQ inspiré par QS
Le Parti libéral nous invite ouvertement à choisir le modèle néolibéral comme projet social alors que la mal nommée Coalition avenir Québec, nouvelle Union Nationale, regarde vers le passé en nous invitant à une réingénierie de l’État « prise deux », en identifiant comme problème numéro un la population et les syndiqués du Québec (qui ne travaillent pas assez et en demandent trop).
Sous la pression des partis et mouvements sociaux émergeant à sa gauche, le Parti québécois promet une certaine rupture avec les crédos néolibéraux, disant vouloir taxer davantage les minières et les hauts salariés pour abolir les mesures néolibérales les plus odieuses comme la taxe santé et la hausse des frais de scolarité. Dans la même perspective, il promet d’améliorer le Plan d’action contre l’homophobie. La lutte à l’homophobie a pour la première fois fait son apparition dans son nouveau programme politique. Il promet aussi une charte de la laïcité qui ne pourra que nous être utile pour limiter les attaques motivées par l’homophobie religieuse contre nos droits auxquels la Charte canadienne laisse la porte grande ouverte.
Ce recentrage vers le centre-gauche du PQ n’est certes pas étranger à l’émergence de Québec solidaire (et plus récemment d’Option nationale), qui gruge depuis 2006 sa base souverainiste. Après deux décennies où le PQ a porté surtout sur le centre-droit (ce qui l’a presque mené au naufrage sous André Boisclair), il est temps que ce parti se rende compte que le centre-droit sera toujours le terreau des « nationalistes mous » qui n’ont aucune difficulté (bien au contraire) à s’accommoder du Canada de Stephen Harper et qui ne voient aucun problème à avoir des homophobes au pouvoir à Ottawa, tout en se disant contre le «conservatisme social ».
Il ne se fait toutefois pas sans contradiction quand on sait que le premier engagement de Pauline Marois en 2007 dans la course à la chefferie était… de hausser les frais de scolarité pour financer les universités!
Le printemps érable et la campagne électorale auront permis de donner de l’espace sur la glace à ces deux nouveaux partis que sont Québec solidaire et Option nationale. QS a été le premier parti à inscrire la lutte à l’homophobie dans sa plateforme politique en 2006.
Voter pour nos allié(e)s
Certes, sa position est ambigüe et contradictoire en matière de laïcité : on se demande comment des profs qui arboreront en classe une croix catholique ou un voile islamique, des religions virulemment homophobes, pourront de façon crédible enseigner le respect de la diversité sexuelle par exemple. Mais le parti abordera la question de la diversité sexuelle lors de son prochain congrès.
Quant à Option nationale, si le nouveau parti n’a pris à ce jour aucune position claire sur nos droits, il rappelle qu’un Québec indépendant doté d’une constitution moderne sera le meilleur rempart pour les protéger. Enfin, le Parti vert est le seul à s’engager à abolir la discrimination dans les dons de sang.
En l’absence de système de représentation proportionnelle, seul garant d’une représentation adéquate de la population et des minorités à l’Assemblée nationale (surtout quand nous sommes assurés que le prochain gouvernement ne recueillera guère plus d’un tiers des suffrages exprimés), il est souhaitable, qu’au minimum, les porte-parole de ces nouveaux partis porteurs de changement soient élus à l’Assemblée Nationale. La présence de Françoise David aux « débat des chefs », celle d’Amir Khadir à l’Assemblée nationale, ont démontré que ces nouveaux partis amenaient un changement de discours très pertinent.
Comme aucun de ces deux partis ne peut accéder à court terme au gouvernement, le Parti québécois demeure, l’histoire l’a prouvé, notre meilleur allié dans la lutte pour l’égalité parmi les partis pouvant former le prochain gouvernement. Il faudra s’assurer toutefois qu’il livre la marchandise.
La présence importante de nos communautés dans les quartiers centraux des grandes villes peut nous permettre de faire la différence entre la présence ou non de députés et députées qui soient des alliées à l’Assemble nationale. Pensons aux circonscriptions de Sainte-Marie-Saint-Jacques, de Taschereau, Mercier ou Gouin, mais aussi Trois-Rivières où se présente Djemila Benhabib.
Notre intérêt est qu’un maximum de députés progressistes soient élus à l’Assemblée nationale pour que le prochain gouvernement réalise pleinement que la responsabilité de la lutte contre l’homophobie revient aussi et largement à l’État qui doit être garant de notre égalité à tous et à toutes.

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